Par Kévin FERMINE
Je ne pensais pas écrire sur ce sujet.
Lors des élections municipales de 2026, je me suis peu exprimé. Par fatigue, sans doute. Mais aussi parce que j'avais le sentiment que, quoi qu'on dise, le débat était déjà figé avant même d'avoir commencé.
Et puis j'ai regardé, écouté, lu.
J'ai vu des gens s'opposer avec une violence parfois déconcertante. J'ai entendu des certitudes assénées comme des évidences. J'ai vu des opinions devenir des étiquettes, et des désaccords se transformer en conflits.
À un moment, une question s'est imposée à moi : cherchons-nous encore la vérité, ou cherchons-nous simplement à avoir raison ?
Quand le débat disparaît
Le désaccord est normal. Il est même nécessaire en démocratie.
Ce qui m'a frappé, c'est autre chose : l'impossibilité de débattre sans se disqualifier mutuellement. À force, tout devient caricatural. La droite devient automatiquement "l'extrême droite". La gauche est tantôt réduite à "la droite", tantôt présentée comme un danger à éradiquer. Chaque camp finit par être une caricature aux yeux de l'autre, et toute tentative de nuance devient suspecte.
À force de disqualifier, on ne débat plus. On oppose, on rejette, on enferme. Et on s'éloigne de l'essentiel : la préservation des droits humains, la dignité, la capacité à vivre ensemble.
Lorsque les gens en viennent à s'insulter pour des opinions divergentes, ce n'est plus seulement le débat qui disparaît. C'est l'esprit même de la démocratie qui s'abîme.
Quand la vérité devient une arme
Dans ce contexte, la vérité n'est plus une recherche. Elle devient une position. Chacun affirme, accuse, défend. Mais peu cherchent réellement à comprendre.
La vérité devient un outil pour convaincre, parfois pour écraser. Et peu à peu, elle perd sa fonction première : éclairer.
Une autre difficulté s'y ajoute : nous mélangeons tout. Un fait n'est pas une opinion. Une expérience personnelle n'est pas une vérité universelle. Une conviction forte n'est pas une preuve. Et pourtant, dans le débat public, ces distinctions disparaissent. Chacun parle depuis son vécu, ses émotions, ses certitudes. Et tout se vaut.
Dans ces conditions, comment se comprendre ?
Le piège des certitudes — et la force du doute
Ce qui me frappe aussi, c'est la disparition du doute.
Douter est devenu suspect. Nuancer est perçu comme une faiblesse. Reconnaître la complexité semble presque interdit. Alors que c'est peut-être l'inverse.
Se remettre en question, ce n'est pas être faible. C'est accepter de ne pas tout savoir. C'est reconnaître que l'on peut se tromper. C'est rester ouvert à ce que l'on ne comprend pas encore.
Douter, ce n'est pas renoncer à penser. C'est, au contraire, continuer à réfléchir. Car ce sont souvent les certitudes les plus fortes qui ferment le dialogue — celles qui empêchent d'écouter, celles qui transforment l'échange en affrontement.
À l'inverse, le doute crée de l'espace. Il permet la rencontre entre des points de vue différents. Peut-être que la véritable force n'est pas dans la certitude, mais dans la capacité à questionner ses propres idées — non pas pour tout remettre en cause en permanence, mais pour rester lucide, et surtout… rester humain.
Et si la vérité était… imparfaite ?
Et si la vérité n'était pas toujours aussi simple que nous voudrions ? Et si elle était parfois partielle, contextuelle, évolutive ?
Cela ne signifie pas que tout se vaut. Cela ne signifie pas qu'il n'existe pas de faits. Mais peut-être que, dans de nombreuses situations humaines, la vérité ne se possède pas. Elle se cherche.
Une société où chacun détient "sa vérité" sans jamais accepter de la confronter à celle des autres est une société qui se fragmente. Et nous en voyons les signes partout.
Revenir à l'essentiel — et à soi
Qu'est-ce que ça veut encore dire aujourd'hui, être de droite ou de gauche ? Je ne suis pas sûr de m'y retrouver. Ces étiquettes semblent de plus en plus déconnectées des réalités concrètes, et de plus en plus utilisées pour classer plutôt que pour penser.
Je ne crois pas à l'homme providentiel. Et je constate que nous ne sommes plus vraiment dans l'attente d'un tel homme — mais parfois face à des figures plus opportunistes que visionnaires, dont les logiques s'éloignent de l'intérêt général dès que les enjeux — y compris financiers — deviennent trop importants.
Ce que je sais, en revanche, c'est que je suis pour la préservation des droits humains. Pour le respect, la dignité, la capacité à vivre ensemble sans se déchirer. Ce n'est pas une position neutre. C'est même une position que certains trouvent naïve.
Mais voilà ce que j'ai appris, à force de me battre pour des droits qui devraient aller de soi : quand on défend des causes qui dérangent, on est souvent sommé de choisir un camp. De s'aligner. De rentrer dans une case. Et ceux qui refusent — ceux qui préfèrent la complexité à la certitude, le dialogue à l'affrontement — sont souvent les premiers à être disqualifiés.
J'ai parfois le sentiment de ne plus croire en grand-chose. Non pas par désespoir, mais parce que je pense qu'il n'existe pas de solution idéale. Peut-être que le véritable enjeu n'est pas de trouver une réponse parfaite, mais d'accepter cette imperfection — et de continuer malgré tout à chercher, à comprendre, à dialoguer.
Peut-être que la vérité ne se trouve pas dans une seule voix. Mais dans la divergence des opinions, dans la confrontation de points de vue différents. Dans ce que pensent ceux qui ne pensent pas comme nous.
Si défendre le doute, le dialogue et l'humain devient une naïveté… alors c'est peut-être que quelque chose, justement, s'est perdu.
Et ça, ce n'est pas une certitude. C'est une inquiétude.
© Kévin Fermine – Mars 2026 – Tous droits réservés
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