Je suis militant, mais je reste humain

Publié le 19 août 2026 à 17:13

Par Kévin FERMINE

Je suis militant. Je l'assume pleinement.

Mais je le suis aussi souvent malgré moi. Ce n'est pas toujours un choix. Certaines situations s'imposent à moi, certaines injustices ne me laissent pas la possibilité de rester silencieux — même quand j'en aurais parfois envie.

Je m'intéresse au handicap, aux droits, aux politiques publiques et plus largement aux questions de société. J'aime comprendre, analyser, questionner et parfois dénoncer ce qui me semble injuste. J'écris des articles, je prends position, je partage mes réflexions. Il m'arrive d'interpeller lorsqu'une situation mérite, à mes yeux, d'être portée dans le débat public.

Mon militantisme occupe donc une place importante dans ma vie. Mais il ne constitue pas toute mon identité. Je reste humain.

Mon militantisme est une partie de moi, pas la totalité

Il serait réducteur de me définir uniquement à travers mon militantisme. Je suis aussi une personne avec une vie personnelle, des émotions (beaucoup trop parfois ^^), des envies, des projets. Je peux passer plusieurs heures, plusieurs jours, sur une question juridique ou politique et, l'instant d'après, simplement avoir envie de faire autre chose.

Je n'ai pas besoin d'être militant à chaque instant, ni de transformer chaque conversation en débat, ni de réagir à toutes les polémiques qui circulent sur les réseaux sociaux. Mon engagement est important pour moi, mais je ne veux pas qu'il devienne une étiquette qui résumerait entièrement la personne que je suis.

Je me questionne beaucoup

Être militant ne signifie pas penser avoir toujours raison. Au contraire, mon engagement m'amène à beaucoup me questionner — sur une décision politique, une institution, une pratique, mais aussi sur ma propre manière de réagir. Est-ce que j'ai assez de recul ? Est-ce que ma réaction est proportionnée ? Est-ce que je ne suis pas allé trop loin ? Est-ce que j'aurais pu dire les choses autrement ?

Je ne considère pas le doute comme une faiblesse, mais comme une forme d'intelligence et d'honnêteté. Défendre une conviction ne signifie pas être incapable de l'interroger. Je peux avoir une opinion très forte et, malgré cela, accepter de regarder les choses sous un autre angle. Je peux évoluer, nuancer mon propos, et même reconnaître que je me suis trompé. Et je n'ai pas peur de réévaluer mes méthodes, de les remettre en question et de les changer si nécessaire. Mon militantisme n'est pas quelque chose de figé, il est évolutif, et heureusement.

Il m'arrive d'être dans l'excès

Je ne vais pas prétendre que mon militantisme est toujours parfaitement mesuré. Il m'arrive d'être dans l'excès. Certaines situations provoquent chez moi des émotions très fortes — révolte face à une injustice, blessure face à certains propos, colère face à ce que je perçois comme profondément injuste — et je ne contrôle pas toujours immédiatement ma réaction. Je l'assume.

Mais je ne considère pas que cela me dispense de me questionner. Une émotion explique parfois une réaction ; elle ne signifie pas que cette réaction était la meilleure. C'est précisément pour cela que le recul est important. Après coup, je peux me demander si j'ai été trop loin, si j'ai manqué de nuance, si j'aurais pu exprimer mon désaccord différemment. Je ne cherche pas à donner l'image d'un militant parfait. Je ne le suis pas, et je ne pense pas que quelqu'un puisse l'être.

Défendre une idée sans avoir d'animosité envers une personne

Je peux être très critique sans être animé par la haine. Je peux être en profond désaccord avec une décision, une politique, une institution ou certains propos, sans ressentir d'animosité envers les personnes elles-mêmes. Je peux combattre une idée sans combattre une personne, dénoncer un comportement sans réduire quelqu'un à ce comportement, demander qu'une situation évolue sans souhaiter du mal à ceux qui ne partagent pas mon point de vue.

Cela ne signifie pas tout accepter, ni être toujours conciliant — certaines situations nécessitent de dire clairement les choses. Mais la fermeté n'oblige pas à la haine.

D'ailleurs, j'aime la confrontation, du moment qu'elle s'opère dans le respect. Elle me fait du bien. Elle ouvre mon champ de vision, elle m'aide à relativiser, à sortir de mes propres certitudes. Ce n'est pas quelque chose que je subis : c'est aussi quelque chose que je recherche, parce que c'est souvent dans le désaccord que je progresse le plus.

Je fais d'ailleurs une distinction de taille lorsque je m'oppose à un projet ou une position que je ne partage pas : je le combats fermement, tout en essayant, autant que possible, de rester attentif aux personnes qui le défendent. Ce n'est pas parce que je ne l'approuve pas qu'il détient automatiquement tort, ni que ma position détient automatiquement raison. La vérité absolue n'existe pas. Elle se construit dans la confrontation de la diversité des opinions. Il n'y a pas de solution unique. Et c'est précisément pour cela que je défends la liberté de chacun — y compris celle de penser différemment de moi.

Je ne suis pas obligé de réagir à tout

Mon militantisme ne signifie pas non plus que je dois avoir un avis sur tout. On me demande parfois de réagir à une vidéo, une polémique, des propos qui font parler sur les réseaux sociaux. Je peux choisir de ne pas répondre : tout ne mérite pas mon énergie, et la polémique empêche parfois justement de réfléchir.

Être militant, ce n'est pas être une permanence politique ou juridique accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J'ai le droit de prendre du recul, de ne pas savoir, de ne pas avoir envie de répondre. J'ai le droit de simplement vivre.

Je ne suis pas un robot

C'est peut-être la chose la plus importante que j'ai envie de rappeler. Je reste humain. Je peux être passionné, enthousiaste, blessé, en colère, fatigué. Je peux douter, être excessif, me tromper, avoir besoin de prendre du recul — et aussi, tout simplement, avoir envie de ne pas parler de militantisme.

Je ne suis pas capable de produire en permanence une analyse parfaitement rationnelle de chaque situation, ni d'avoir toujours la bonne réaction au bon moment. Derrière mes articles, mes prises de position et mes combats, il y a une personne avec ses émotions et ses limites.

Le militantisme ne doit pas faire disparaître l'humain

C'est une contradiction intéressante : je milite notamment pour que les personnes soient davantage considérées dans leur humanité, pour plus de dignité et une meilleure prise en compte de chacun. Je ne peux donc pas attendre de moi-même d'être une machine parfaitement rationnelle et maîtrisée en permanence.

Je peux avoir des émotions, et parfois les subir plus que je ne le voudrais. L'important n'est pas de prétendre qu'elles n'existent pas, mais d'apprendre à vivre avec elles, à prendre du recul quand il le faut, et à continuer à me questionner.

J'écris d'ailleurs ce texte dans une période qui n'est pas simple pour moi. Une période où je doute beaucoup, où je questionne jusqu'à mon propre militantisme. Et c'est peut-être précisément pour cela que ce texte compte autant : il ne parle pas d'un doute théorique, mais de ce que je traverse en ce moment.

Je suis militant, mais je ne suis pas que militant

Je ne renie pas cette partie de moi. Mon militantisme a du sens : il m'a permis de transformer certaines expériences en réflexions, certaines difficultés en revendications, certaines injustices en volonté d'agir. Mais je refuse qu'il devienne toute mon identité.

Je suis militant. Mais je suis aussi simplement une personne — qui aime, qui ressent, qui doute, qui se trompe, qui apprend, qui évolue. Une personne qui peut être excessive, touchée, qui n'a pas toujours le contrôle parfait de ses émotions. Et c'est justement parce que je suis humain que je peux continuer à me questionner sur mon propre engagement.

Je ne cherche pas à être un militant parfait. Je cherche à être un militant sincère — avec mes convictions, mes doutes, mes excès, mes remises en question, et toute mon humanité.

Je suis militant. Mais je ne suis pas que militant. Je reste humain. Et je ne suis pas un robot.

© Kévin FERMINE – Août 2026 - Tous droits réservés.

Réf. article : B-CR-2026-048

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.